Gouvernance

Les nouveaux urbains dans l’espace Sahara-Sahel

Depuis plusieurs années, l’espace Sahara-Sahel a suscité un véritable intérêt de la part des médias. Cette région du monde est en effet devenue partie intégrante du paysage politique européen. Elle apparaît comme une frontière de plus en plus poreuse entre l’Afrique et l’Europe. Le premier mérite de cet ouvrage est d’attirer notre attention sur le fait que cet espace n’est pas seulement une zone de transit, mais une région habitée par des hommes. Et s’il y a un trait qui caractérise ses habitants, c’est bien leur mobilité. Ce trait justifie l’appellation d’« espace en mouvement » utilisée ici par plusieurs auteurs.

Le fait d’en souligner l’unité historico-culturelle et socio-économique est une autre originalité de la publication. Cette idée d’unité contraste avec l’image, pourtant plus répandue, d’une région « entre-deux », située entre les deux aires géographiques que sont l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. A côté du trait commun de la mobilité, qui rend sujette à question la dichotomie supposée entre nomadisme et sédentarité, les différentes populations de cet espace sont liées en réalité par de multiples relations dans les domaines économique, politique et culturel.

Aboutissement d’un colloque qui s’est tenu à Berlin en 2005, les contributions de cet ouvrage développent l’idée que l’unité de l’espace Sahara-Sahel se manifeste avant tout dans les centres urbains et à travers les interactions entre migrants et citadins sédentaires. Les auteurs se sont cependant concentrés sur certains des habitants de la ville, ceux dont le potentiel à façonner les formes urbaines est limité ou n’a pas encore été pris en considération par les chercheurs. Il s’agit notamment des femmes, des jeunes, des nouveaux arrivés ou des gens de passage.

A côté des modalités du travail et d’habitation, l’intérêt a porté sur la différence ou l’étrangeté (Fremdheit), sur les manières de les vivre et de les représenter, ou bien de les dissimuler ou de les surmonter.